Bienvenus chers lecteurs dans ce premier numéro des “Conseils d’écriture”. Cette série d’articles sera consacrée à vous partager des conseils pour vous aussi vous lancer dans l’écriture d’un roman. Les sujets des articles seront très variés mais je ne vous en dis pas plus pour l’instant. Sachez seulement qu’ils sont basés principalement sur mon expérience, étant donné que j’écris depuis bientôt dix ans, ainsi que sur certains livres que j’ai pu lire sur la créativité et le processus de l’écriture. Sur ce, je vous laisse découvrir la suite de l’article.

 

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Démarrer une histoire peut parfois être compliqué et déroutant : on ne sait pas par où commencer, ni ce qu’il faut définir et construire avant de se lancer dans la rédaction d’un roman. J’entends souvent certaines personnes déclarer qu’ils préfèrent écrire ce qui leur vient, sans se soucier de la direction que prendra l’histoire par la suite. Ils peuvent même aller jusqu’à vendre cette méthode comme étant LA méthode utilisée par des personnes créatives, inspirées et ouvertes à tout. Comme si leur façon de faire était une recette miracle contre tous les aspects contraignants de l’écriture.

Je vous en supplie, si vous souhaitez écrire un roman de fiction, ne les écoutez pas ! Et ce pour deux raisons :

  1. Ce qui me semble le plus important à vous signaler, c’est que si vous ne voulez pas des contraintes qui vont avec l’écriture, ne vous approchez pas de l’écriture. Je ne dis pas ça pour vous décourager, au contraire. J’aimerais que – au cas où vous aimeriez qu’il existe un chemin plus facile – vous remettiez en question votre rapport à l’écriture et votre envie d’écrire. Si c’est un hobbie qui vous plait et qui vous aide à passer le temps, mais sans non plus combler un besoin en vous, sans être une “passion dévorante”, continuez à écrire tant que ça vous chante mais ne forcez pas le trait. Ce n’est pas grave de ne pas avoir envie d’écrire pour toujours, ce n’est pas grave si ce n’est pas une part importante de votre vie. Mais il faut que vous le reconnaissiez à vous-mêmes, que vous admettiez que vous écrivez pour un plaisir bref, temporaire. Et à partir de là, vous pouvez certes passer à côté des codes et oublier les conseils que d’autres peuvent vous prodiguer. Empêchez-vous cependant de propager votre méthode à tout va, comme ces certaines personnes dont je parlais plus haut, au risque de vendre de faux espoirs à d’autres jeunes écrivains en herbe.
    A contrario, si l’écriture est la seule chose qui vous apporte autant de satisfaction, autant de bonheur, de plénitude, de paix, alors acceptez les contraintes. Persévérez.
  2. Et deuxièmement, parce que cette méthode ne fonctionne pas quand on veut écrire un livre. Observez l’évolution de personnes s’auto-publiant sur la toile et qui, chapitre après chapitre, ne savent pas de quoi sera fait la fin de leur histoire. Vous remarquerez qu’une bonne partie abandonne en cours de route, ne reconnaissant plus les idées qui les avaient tant inspiré plus tôt et/ou ne sachant simplement plus comment continuer. Le reste bifurque soudainement en cours de route : d’une fiction pour adolescents pleine de romance, on tombe sans comprendre pourquoi dans une enquête policière. Il doit sans doute il y avoir des exceptions, je vous l’accorde. Mais vous avouerez que c’est assez rare, suffisamment rare pour que je n’en ai tout simplement jamais vu.

Ne vous dites pas que l’inspiration viendra plus tard, que les idées devront suivre votre rythme d’écriture, ne remettez pas toute la création du squelette de votre histoire à plus tard. Au contraire, commencez par là. Et c’est ici que mes véritables conseils commencent.

Vous l’aurez compris, il est important de trouver un fil rouge. A priori, c’est ce avec quoi part tout écrivain qui soit : une idée apparait, avec un début, un milieu, une fin (ou juste un des trois éléments, ou juste le début et la fin : l’important c’est d’avoir une idée).
Pour qu’une idée apparaisse, il n’y a malheureusement rien à faire, ça doit venir tout seul. Et pour ça, rien ne sert de se cloitrer dans le noir en attendant que Dame Inspiration vienne vous rendre visite. Vivez, créez-vous des souvenirs. Et quand l’idée vous vient, attrapez-la !

Je suis assez intransigeante avec ça ; si une idée vous traverse l’esprit, que vous avez fait un rêve passionnant qui vous a inspiré, prenez un bloc de feuille ou ouvrez un document vierge sur votre ordinateur et écrivez le plus de détails possibles à propos de cette idée.

Pour vous donner un exemple, j’ai récemment eu une nouvelle idée pour un roman. Dès que la pensée s’est créée dans mon esprit, j’ai arrêté ce que je faisais et voici ce que j’ai écrit :

“Une jeune adolescente entretient des relations fébriles avec ses parents, ses amis et elle-même, alors qu’elle traverse la crise de l’adolescence. Elle passe donc le plus clair de son temps avec sa grand-mère, une vieille espagnole anti-système et loufoque. Grâce à elle, la jeune fille en apprend davantage sur l’histoire de l’Espagne, de sa famille, la première et la seconde guerre mondiale.
Un jour, sa grand-mère est diagnostiquée avec Alzheimer. La mission de sa petite-fille devient limpide : elle doit écrire les mémoires de sa grand-mère avant qu’il ne soit trop tard.”

Et voilà. Je ne vous en demande pas plus. Je ne vais probablement plus toucher à cette histoire avant un long moment, car avec ces informations, je pourrai toujours me souvenir de ce que je veux raconter, ce qui m’a inspiré et comment me replonger dans cette idée de roman.

Bon. Une fois que cette idée est là, on en fait quoi ?

Et bien c’est l’heure de construire notre histoire.

Pour cela, je vais vous proposer trois étapes. Je ne pense pas qu’il y ait un ordre préférable à un autre, faites comme vous le sentez.

 

trouver le fil rouge

 

Le fameux fil rouge. Ce qui fait tenir votre histoire debout, qui lui apporte un sens.

Je vais à nouveau me servir d’un exemple personnel pour vous aider à saisir ce sens du “fil rouge”.
J’ai rêvé un jour d’une histoire très complète en terme d’univers : c’était une histoire de sorcières qui envoyaient des êtres humains s’entretuer sur une autre planète. Ces sorcières avaient un nom particulier, leurs pouvoirs aussi. La planète grouillait de créatures magiques tirées de la mythologie. Et la base de ce rêve était qu’un humain s’alliait avec une sorcière, envoyée là pour trahison, pour combattre les “méchantes sorcières”.
En me réveillant j’ai donc bien sûr écrit tout ce dont je me rappelais. Puis j’ai attendu que mon attention se tourne à nouveau sur ce roman. Ce qui est arrivé il y a tout juste trois semaines. Je me suis alors posé tout un tas de questions : pourquoi ces sorcières vivent sur Terre parmi les humains ? Pourquoi les faire s’entretuer ? Qui est le “méchant” de l’histoire ? Quelles sont ses motivations, quelles sont celles des héros ?
Ces questions, même si je les modifie évidemment en fonction de l’histoire, je me les pose avant d’écrire n’importe quel roman. Et c’est là qu’on construit le fil rouge. En s’efforçant à trouver des réponses à ces questions.

C’est ça votre job en tant qu’écrivain quand vous voulez écrire une histoire : vous poser les bonnes questions et y répondre.
Une fois que tous les points d’interrogation sont résolus, vous pouvez déjà vous arrêter là.
Mais vous pouvez pousser la réflexion plus loin en vous demandant quel est le message que renvoie votre histoire. Puis retravailler les réactions des personnages pour mieux porter ce message.

 

créer un univers

 

Ce point-ci s’adresse principalement aux histoires de fantasy ou de science-fiction. Mais si votre roman actuel est un roman réaliste, j’ai quand même quelques petites choses à vous dire, alors ne partez pas tout de suite.
Chaque univers est censé avoir une cohérence qui lui est propre. Pour avoir un univers cohérent, il faut à nouveau se poser les bonnes questions… et y apporter de bonnes réponses. Voici une liste non-exhaustive de questions que vous pourriez vous poser selon le type d’histoire que vous racontez :

  • Univers réaliste

Est-ce que mon histoire se déroule dans un pays et dans une ville qui existe réellement ou que j’invente moi-même ? Si je l’invente, à quoi ressemble ce pays ou cette ville ? Quels éléments de notre vie quotidienne se trouvent également dans le quotidien de mes personnages ? Si c’est un vrai pays ou une vraie ville, lequel/laquelle choisir ? À quoi ressemble cet endroit ? Quelle est la monnaie utilisée ?
Est-ce que mon histoire se déroule dans un futur ou dans un passé proche ? Est-ce que les réseaux sociaux sont aussi développés que maintenant ? Quel est l’opinion de mes personnages sur l’actualité (si l’on en fait mention dans le roman) ?

  • Univers de science-fiction

Dans combien de temps par rapport à aujourd’hui se déroulent les évènements de l’histoire ? Est-ce que la société est plus évoluée ou moins évoluée (= est-ce que nous sommes dans une société qui a continué à se développer sans une crise majeure ou est-ce que c’est une fiction qui tend vers le post-apocalyptique) ? Pour quelles raisons ? Quelles découvertes scientifiques ou technologiques nous ont permis d’avancer ? Dans le cas contraire, quels évènements nous ont fait régresser ? A-t-on découvert d’autres planètes ? Y avait-il de la vie sur ces planètes ? Une forme de vie intelligente même ? Quels sont nos rapports avec cette forme de vie ? Comment est-ce que ces rapports ont évolués dans le temps ? Les êtres humains ont-ils colonisés d’autres planètes ? Quelles inventions technologiques font parties de notre vie quotidienne ? Lesquelles sont à la disposition du commun des mortels et lesquelles sont réservées à une population plus riche ?

(Petite réflexion que je me suis déjà faite : les avancées technologiques répondent généralement à une demande de combler un besoin. Par exemple, si on se retrouvait soudainement obligé de s’éclairer uniquement avec des bougies et des feux de cheminée, on tenterait sans doute de trouver une façon de faciliter l’approvisionnement en bois, entre autres.)

  • Univers fantasy

S’il y a des créatures magiques : d’où viennent ces créatures ? Sont-elles exactement comme elles sont décrites dans le folkore populaire et les récits mythologiques ? Ou y a-t-il des différences ? Pour quelles raisons sont-elles différentes ? A quel point vos personnages sont-ils familiers avec ces créatures ? Sont-elles intelligentes, dotées de paroles ? Ont-elles des pouvoirs magiques ?
En parlant de pouvoirs magiques, d’où viennent-ils ? Est-ce de la magie pure, est-ce qu’il y a une explication scientifique ? Est-ce que tout le monde sait utiliser ces pouvoirs ? Pourquoi (pas) ? Ces pouvoirs peuvent-ils servir de métaphore (exemple : dans X-Men, les mutants sont une métaphore pour représenter les minorités) ?
Est-ce que ce monde fantaisiste est mêlé à notre propre monde ? Ou est-ce un monde à part entière, totalement fictif ? Comment s’appelle-t-il ? Comment fonctionne le système politique, économique… ? Quel est le contexte sociétal ? Y a-t-il déjà eu des guerres dans ce monde ? Est-ce que la faune et la flore sont identiques à la nôtre ? Quelles différences pourrait-il y avoir (exemple : les oiseaux pourraient avoir trois yeux et les arbres pourraient être bleus) ?

Comme dit plus haut, toutes ces questions ne sont que des pistes. Il est impossible de reprendre dans un seul document toutes les questions que l’on peut se poser lorsqu’on crée un univers car il y a une multitude d’éléments qui passent du rang d’informations cruciales à celui d’anecdotes futiles en fonction de l’histoire et de son propos. Cela va donc de soi que vous n’êtes en aucun cas obligé de répondre à chacune de ces questions une par une pour vous créer un univers cohérent. Je me répète, c’est votre job de déterminer quelles questions sont pertinentes, ou non.

 

créer des persos

 

Dans la plupart des romans, les personnages ont un rôle central dans l’avancement de la narration. Il est donc extrêmement important d’inventer des personnages à multiples facettes, avec des défauts, des qualités et un passé, pour en faire des personnages humains, auxquels le lecteur peut s’identifier.

Evitez en premier lieu tous les clichés habituels. Les Mary Sue, personnages exemptés de la moindre faille caractérielle ou physique, sont insupportables. Les anti-héros qui se la jouent grand méchant au coeur de pierre mais qui craquent pour une Mary Sue justement, c’est vu, revu et ça ne tient pas la route.
Bref, plutôt que de vous lancer dans la construction d’un archétype agaçant et ennuyeux, je vous conseille un petit exercice : essayez de décrire les gens autour de vous. Ça peut être n’importe qui : vos parents, vos frères et soeurs, vos amis, vos profs, un gars qui prend le bus avec vous le matin, une fille de votre classe à qui vous n’avez jamais adressé la parole parce que sa voix vous irrite…

Essayez en premier lieu de leur faire une petite “fiche technique”, avec leur nom, leur date de naissance, leurs éventuels surnoms. Intéressez vous à leur apparence : la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux, leur taille, leur poids, les cicatrices qu’ils peuvent avoir, comment ils les ont eues.
Posez vous des questions : tombent-ils souvent malade ? Sont-ils fumeurs ? Quel est le timbre de leur voix ? Ont-ils des origines ethniques particulières ? Quelles sont leurs croyances religieuses ?
Penchez vous ensuite sur leur personnalité : leurs plus gros défauts, leurs plus belles qualités, leurs rêves et aspirations, leurs hobbies… Tout est à prendre, même le plat qu’ils préfèrent manger les jours de pluie.
Et quand il y a des trous : inventez !

Cet exercice vous aidera pour pouvoir rapidement créer des fiches de personnages. Et ces fiches seront ce qui vous permettra de créer des personnages réalistes. Parce que ce qui est important chez une personne, ce n’est pas que son apparence physique, c’est aussi ce qui la définit en tant qu’être humain, ce qu’elle aime ou n’aime pas, ses pensées et une tonne de détails que personne à part elle ne peut connaître.
Devenez vos personnages. Faites-en une partie de vous-mêmes.

Pour vous aider cependant, je vais vous laisser en lien une de mes fiches de personnages vierge pour que vous puissiez vous en inspirer et voir quels points sont – selon vous – importants à aborder lors de la création d’un de vos personnages.

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Et voilà, on a fait le tour des trois points qui – à mon humble avis – sont primordiaux à aborder avant de se lancer dans l’écriture d’une histoire. N’hésitez pas à venir débattre ou me poser des questions en commentaires, j’y répondrai avec plaisir ! Et surtout, écrivez, abondamment.

Lena.